Mort-vivant

août 26, 2010

J’ai passé des mois au cachot, ce qui explique mon silence qui a trop duré.
J’avais tabassé un gardien qui me lançait des injures pour me rabaisser devant ses collègues qui en rigolaient au loin.
Je lui ai pris la tête et je l’ai cognée contre le mur des dizaines de fois.
Toute la rage que j’avais réussi à canaliser jusque là est entrée en effervescence, d’un coup.
Ses collègues ne riaient plus. Ils sont restés des minutes entières paralysés, ne pouvant même pas intervenir pour le sortir de là.

J’avais l’impression que les quelques regards haineux que je leur lançais entre deux coups de poing les ont sérieusement dissuadé.

Ayant tout juste fini mon travail, j’avais ce sentiment de mission accomplie en voyant le visage amoché de ce con qui voulait jouer au plus malin avec son maître.

J’étais peut-être obligé de ne pas quitter les lieux, j’avais peut-être le même accoutrement que ces milliers de codétenus qui se bousculaient dans ce trou à rats.
Mais ce n’était pas suffisant pour qu’on me prenne à partie gratuitement.

Dans mon cachot, j’ai appris que plus rien n’avait d’importance. 4 mètres carrés de “surface habitable”. 24h/24 dans l’obscurité. Isolement le plus total. 5 minutes par jour pour faire ses besoins. Tout le temps pour penser à la vie et vivre par procuration en écoutant les gardes discuter.

Les secondes défilent inexorablement difficiles à vivre. J’avais l’impression de devenir une bête anti-sociale au fil des jours.
Amitié ?
Amour ?
Honneur ?
Dignité ?
Liberté ?
Que des mots qui devenaient de plus en plus étrangers au lexique que je pouvais saisir sans problèmes.

Ma période d’isolement s’est écoulée, je ne sais comment, je ne sais où…
La mémoire a des fois tendances à mettre dans un placard perdu des évènements qu’on donnerait tout pour oublier.
C’est peut-être pour cela, que maintenant j’éprouve beaucoup de difficultés à relater ce qui s’est vraiment passé pendant ce laps de temps interminable…
Peut-être, aussi, ne se serait-il rien passé…

Rien de surprenant, rien de vivant, rien de coloré…
Que le lugubre silence d’un cachot conçu spécialement pour tuer à petit feu l’âme de ceux qui avaient la malchance d’y accéder.

La monstruosité des hommes est sans égal. Mais cela n’avait aucune importance.
Mon instinct de survie, c’était le seul sens demeuré réveillé pendant tout ce temps…
Il m’a permis de sortir de l’ombre, de revivre, de respirer à nouveau.

J’ai eu du mal à rouvrir les yeux. La lumière m’éblouissait. Pourtant, rien d’éblouissant ne se trouve enfermé sous ces grands murs délabrés.

Sauf le coeur pétri d’émotions avec lequel je suis entré et qui est déjà mort et enterré à présent.

Désormais, je ne sais plus mon nom ni le prénom que ma mère m’aurait désigné.
Je ne sais plus qui je suis.
Je ne sais même plus si j’existe vraiment.
Je suis un fantôme !
Je suis un vampire !
Encore faut-il que je sois…

En sortant et en réincorporant le groupe formé par le reste des détenus. On me regardait comme un revenant.
J’avais peut-être la mine d’un déterré, mais je crois plus qu’ils ne s’attendaient plus à me voir parmi eux de sitôt.
Pourtant j’étais bien là… Enfin, je crois.

Les retrouvailles furent pénibles.
Face aux accolades et aux embrassades de ceux qui m’appréciaient dés le départ et de ceux qui ont commencé à me déifier pour mon parcours pour le moins “mortel”… Je restais impassible, de marbre, le regard vide d’émotion.

On allait me désigner un nouveau codétenu avec lequel je pouvais aspirer à partager une spacieuse cellule de 15 m².

Il s’appelait Salmène… J’osais espérer que ce n’était pas son vrai prénom…
J’avais tort.
Ce type, aussi antipathique qu’on peut l’être, était en plus sentimental.
Un Salmène sentimental, ça se comprend, objectivement.
Mais, moi, vide de sentiments, je pensais vraiment qu’il allait me faire regretter d’être sorti de mon cachot.
J’allais m’en assurer à mes dépens, mais cette fois-ci, j’avais raison…

Il était, à croire ses dires incarcéré à tort, tout comme moi.
Mais sa famille lui manquait, sa petite amie avec laquelle il avait eu un bébé hors mariage aussi.
La justice le priva de suivre les premiers pas de son enfant.
Mais son histoire m’indifférait.
Il se faisait tard, je ne rêvais que de m’assoupir dans ma nouvelle “demeure”. Sa voix me tapait sur les nerfs.
Je rétorquai gentiment: “S’il te plait, ferme ta gueule que je dorme…”
Mais rien…
J’essayais de le ménager, j’ai compris par la suite que j’avais tort.

Ayant perdu tout sens de la diplomatie, je me levai et me dirigeai vers lui pour lui flanquer une gifle magistrale en pleine figure qui eut raison définitivement de ses plaintes.

J’avais enfin trouvé la vie dans les bras de Morphée. Ce fut l’une des meilleures nuits de ma vie. Parce que dans ma nouvelle demeure et comparé à mon isolement j’étais déjà en liberté, les cheveux aux quatre vents… Relativement s’entend…

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